Je t’écris du front...

par M.BUET

Lettres écrites par les élèves en réponse à de "vraies" lettres sauf dans le cas de la chanson de Juliette.

 "Une lettre oubliée"

Chanson de Juliette à écouter :

Paroles et Musique : Juliette Noureddine, Album 2005 Mutatis mutandis, © Le Rideau Bouge / Polydor

réponse imaginée par Marie-Ange (307)

À Paris, le 16 février 1916

Cher Amour oublié,
Je vous remercie de m’avoir envoyé cette lettre mais j’ai eu beaucoup d’amours passés et je ne me souviens pas très bien de vous. Vous me dites que vous êtes au front artilleur dans le vacarme et la mitraille : oui, je ne me souviens pas de vous mais je vous appellerai quand même mon amour.
Moi aussi je m’ennuie, il fait froid. J’aurais aimé me souvenir de vous pour me réchauffer. Ô mon cher amour oublié ! Oh oui, l’enfer est de ce monde ; ces jours, ces heures, ces secondes nous tiennent séparés... Ne t’inquiète pas, je te jure de ne jamais plus t’oublier.
Je t’envoie tout mon amour pour te protéger.

Ah, mon amour...

Antoinette

 Lettre de Guillaume Apollinaire à Madeleine Pagès, sa fiancée

(in Lettres à Madeleine. Tendre comme le souvenir, éd. Folio, 2005)

14-3-1916

Mon cher amour,

Je reçois deux lettres de toi. On va en ligne tout à l’heure. Je t’écris en toute hâte. Casqué ne sais pas bien ce que l’on va faire. En tous cas je te lègue tout ce que je possède et que ceci soit considéré comme testament s’il y avait lieu.
Enfin j’espère que pour le moment il n’y aura rien. Je t’adore. Il fait un très beau temps.
Je veux que tu sois forte en ce moment et toujours.

Ton Gui.

Kostrowitzky s/lieutt au 96e Infanterie 6e Cie
Aux armées 14 mars 1916.
Secteur 139

réponse imaginée par Moussa (307)

Le 29 mars 1916

Bonjour mon amour,

J’ai bien reçu ta lettre, merci de m’envoyer un testament mon cœur, mais je ne veux pas que tu meures. Tout se passera bien mon amour, mon bien aimé.
Ne t’inquiète pas, je reste forte, même si je suis triste parce que tu n’es pas avec moi.
Ici il fait beau temps, on s’inquiète pour toi. Les voisins ont acheté un chien, ils passent tous les jours me dire bonjour.
Je t’aime de tout mon cœur, j’aimerais bien rester à tes côtés, un jour on se reverra.

Au revoir mon amour, je t’aime.
Madeleine

 Lettre de Roger B.

(in Paroles de Poilus, lettres et carnets du front 1914-1918, éd. Librio et Radio France, 1998)

Au front, ce 31 décembre 1916.

Cher Maître,
Si vous saviez comme on s’ennuie par les jours noirs et les nuits blanches, comme au long des lignes téléphoniques la boue des boyaux colle aux semelles lourdes d’eau, si vous saviez comme est long ce troisième hiver d’interminable bataille, comme on est seul parfois, au milieu même des camarades, quand on redit les paroles de la veille lorsqu’il ne faut pas dormir ou que le sommeil ne vient pas.
Si vous saviez qu’il nous manque des livres et si j’osais vous en demander ; peut-être parmi tous les chefs-d’œuvre que vous avez écrits, trouveriez-vous, dans un coin, deux ou trois brochures fatiguées et ternies et, paternellement, me les enverriez-vous ?
S’il en est ainsi, pour moi et les amis à qui vous aurez fait oublier le fardeau de quelques heures grises, je vous remercie de tout mon cœur et vous prie d’accepter l’hommage de ma lointaine poignée de main.

Roger B.

réponse imaginée par Danish (404)

04 JANVIER 1917

Cher Roger
J’ai bien reçu ta lettre. J’ai des nouvelles pour toi : ici ; il neige, il fait froid. J’ai vu ta mère, elle va bien et elle t’embrasse.
Ne t’inquiète pas, je t’envoie des lives parce que tu t’ennuies et que tu en as besoin. Il y a un livre que j’ai écrit moi-même, un autre qui raconte l’histoire d’un cheval et un autre de vélo.

Tous les élèves, vous me manquez !
À bientôt ; sois courageux.

Ton Maître


réponse imaginée par Jeancy (307)

Le 05 janvier 1917

Cher Roger,

J’ai bien reçu votre lettre, merci.
Ne vous inquiétez pas je vous envoie des livres tout de suite. Il a y un livre de politique et il y a des livres d’histoire.
Nous aussi on va bien et ta grand mère t’embrasse.
Dieu te protège !

Au revoir, à bientôt.

Ton Maître